Comprendre le rôle des pharmaciens au Québec

Pharmacienne souriante en blouse blanche dans une pharmacie au Québec, illustrant le rôle essentiel des pharmaciens auprès des patients

Quel est le rôle du pharmacien? 

Que peuvent-ils faire? Quelles sont leurs limites? 

Tant de questions, si peu de réponses…

Les pharmaciens sont souvent perçus comme les professionnels de la santé qui vous donnent vos médicaments derrière le comptoir. Des « compteurs de pilules » comme certains s’amusent à les surnommer. Des « legal drug dealers » comme d’autres peuvent prétendre. Mais (malheureusement) nous n’avons aucun contrat avec « Big Pharma ».

Le rôle du pharmacien est beaucoup plus large et plus complexe que la simple délivrance du médicament. Depuis plusieurs années, leur rôle au Québec a évolué grâce à des lois qui leur confèrent plus de responsabilités et de possibilités pour mieux répondre aux besoins des patients. Il est donc important de comprendre non seulement ce qu’ils font, mais aussi ce qu’ils ont le droit de faire, notamment avec les récentes lois 41 et 31.

Un rôle au cœur de la santé

Avant d’explorer les aspects légaux, il est essentiel de saisir la portée du rôle quotidien des pharmaciens. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ils ne se contentent pas de « distribuer des pilules”. 

Les pharmaciens sont des experts du médicament. Ils assurent que chaque prescription est appropriée pour le patient, qu’elle ne présente pas de risques d’interaction dangereuse avec d’autres traitements et que le dosage est bien ajusté. Ils sont le dernier vérificateur avant que le médicament arrive au patient. Ils doivent donc s’assurer que tout est conforme; ils vérifient que le médecin n’ait pas fait d’erreur. Car oui, même les médecins sont humains, et l’erreur est humaine. 

Il doit parfois répondre à des appels urgents de médecins ou d’autres professionnels de la santé, soit pour une prescription ou pour une question, des demandes de transfert de dossier entre pharmacies, des demandes de l’hôpital pour leur faire parvenir des profils pharmacologiques (informations sur des dossiers de patients), des questions des patients et de ses collègues pharmaciens ou techniciens. Certains peuvent même vacciner depuis la pandémie. La tâche de travail est donc assez consistante. 

C’est pour cette raison que le renouvellement de votre simple boîte de médicament que vous venez chercher spontanément peut prendre du temps; vous n’êtes pas le seul à avoir besoin des services du pharmacien à ce moment précis. Il est toujours recommandé d’appeler à l’avance pour les renouvellements ou de les effectuer en ligne, car le délai d’attente peut varier selon l’achalandage d’une pharmacie.

Les pharmaciens sont également là pour donner des conseils sur la manière de prendre les médicaments, expliquer les effets secondaires potentiels, et répondre aux questions des patients. Cette relation de proximité entre les patients et leur pharmacien en fait des acteurs clés dans la gestion de la santé quotidienne.

Les nouvelles responsabilités : la Loi 41

Entrée en vigueur en 2015, la Loi 41 a marqué un tournant pour la pratique pharmaceutique au Québec. Grâce à cette loi, les pharmaciens ont acquis plusieurs nouveaux droits qui leur permettent de jouer un rôle plus proactif dans les soins de santé. Voici quelques-unes des responsabilités importantes qu’ils peuvent désormais exercer :

1. Prolonger des ordonnances : Si un patient a besoin de continuer son traitement, mais que son ordonnance est sur le point d’expirer, le pharmacien peut la prolonger pour éviter une interruption. C’est particulièrement utile dans les situations où il n’est pas facile de consulter rapidement un médecin. 

Pour l’instant, le pharmacien ne peut que prolonger des prescriptions de médicaments ou conditions chroniques, et ce pour un maximum équivalent au même nombre de renouvellements que le médecin a initialement indiqué.

2. Modifier une ordonnance : En cas de nécessité, le pharmacien peut ajuster la dose d’un médicament ou encore changer la forme du médicament (par exemple, passer de comprimés à un liquide) pour s’assurer que le traitement est mieux adapté au patient.

3. Prescrire des médicaments pour des conditions mineures : Depuis la Loi 41, les pharmaciens peuvent prescrire des médicaments pour des conditions qui ne nécessitent pas nécessairement l’intervention d’un médecin, comme les infections urinaires ou les allergies saisonnières (voir plus bas pour la liste plus détaillée).

4. Substituer un médicament en cas de rupture d’approvisionnement : Si un médicament prescrit est temporairement indisponible (en rupture de stock ou discontinué par exemple) ou si le médicament met en danger la santé du patient (allergie par exemple), le pharmacien peut le remplacer par un autre médicament de la même classe thérapeutique, garantissant ainsi la continuité des soins.

Ce que le pharmacien peut prescrire 

Cette loi permet au pharmacien de prescrire pour certaines conditions mineures, selon des critères bien définis. Le pharmacien doit suivre des critères précis et stricts, donc le pharmacien peut refuser de prescrire si les critères ne sont pas remplis. 

Certaines de ces conditions doivent avoir été diagnostiquées par un médecin au préalable, et un traitement doit avoir été prescrit par un professionnel de la santé pour que le pharmacien puisse represcrire. 

À noter que : 

• Le pharmacien doit évaluer chaque patient pour s’assurer que la condition ne requiert pas une consultation médicale.

• La prescription est limitée aux situations où le patient présente des symptômes clairs et pour lesquels un traitement rapide peut éviter la progression de l’affection.

• Le pharmacien doit documenter l’évaluation dans le dossier du patient et, si nécessaire, informer le médecin traitant. 

Pour plus de détails n’hésitez pas à nous poser des questions.

1. Infections

• Candidose orale (muguet)

• Candidose cutanée (infection fongique de la peau)

• Candidose vaginale (vaginite à levure)

• Chlamydia et Gonorrhée (traitement du partenaire lorsque cas confirmé)

• COVID (prescription du Paxlovid)

• Exposition accidentelle au VIH

• Herpès labial (bouton de fièvre / feux sauvages)

• Influenza (grippe, pour traiter ou prévenir)

• Otite externe (Polysporin pour les oreilles)

• Oxyures (parasites / vers intestinaux)

• Prophylaxie antibiotique chez les porteurs de valve (ex : patients à risque lors des opérations chez le dentiste)

• Prophylaxie de la maladie de lyme

• Strep test (à noter que ce n’est pas toutes les pharmacies qui peuvent faire le test, et même si le test est positif ce n’est pas toutes les pharmacies qui peuvent prescrire l’antibiotique)

• Zona (vaccin et traitement)

2. Conditions cutanées

• Acné mineure 

• Dermatite atopique (eczéma)

• Dermatite de contact (réaction allergique ou irritation due à un contact avec une substance)

• Érythème fessier (ex : rash chez un bébé causé par les couches)

3. Conditions respiratoires

• Administration du Ventolin en cas d’urgence

• Cessation tabagique (Nicoderm, Nicorette et autres)

• Congestion nasale associée à des infections bénignes

• Rhinite allergique (allergies saisonnières)

4. Conditions gastro-intestinales

• Constipation

• Dyspepsie et reflux gastro-œsophagien léger et occasionnel

• Hémorroïdes

• Prophylaxie cytoprotective (“pansement” gastrique lorsque quelqu’un prend un médicament à  risque d’irriter l’estomac)

5. Douleurs et affections musculosquelettiques

• Douleurs légères à modérées, telles que les douleurs lombaires ou cervicales sans gravité

6. Conditions oculaires

• Chalazion (inflammation chronique d’une glande de la paupière)

• Conjonctivite allergique (allergies saisonnières par exemple)

• Conjonctivite bactérienne (Polysporin pour les yeux)

• Orgelet (inflammation d’une glande de la paupière)

7. Santé des femmes

• Contraception orale

• Contraception orale d’urgence (Plan B / pilule du lendemain)

• Dysménorrhée (douleurs menstruelles)

• Infection urinaire chez la femme (un classique, un des plus populaires)

• Infection urinaire sans prescription récente d’un médecin (certaines pharmacies offrent le service d’infirmières pouvant prescrire après test urinaire)

• Nausée et vomissements en grossesse

• Reflux en grossesse

• Supplémentation vitaminique en grossesse

8. Santé voyage

• Analyse, prescription et administration des vaccins nécessaires (tout au même endroit si le pharmacien a suivi la formation de vaccination)

• Choléra

• Diarrhée du voyageur (tourista)

• Prophylaxie du mal aigu des montagnes

• Prophylaxie du paludisme (Malaria)

9. Autres

• Aphtes buccaux 

• Gale et morpions

• Lésions cutanées superficielles (abrasions, brûlures mineures)

• Nausée et vomissements (Gravol et autres)

• Pédiculose (poux)

• Prévention des infections (ex. en cas de coupures mineures ou blessures superficielles à risque d’infection. Seulement des traitements topiques cependant)

La Loi 31 : Une avancée encore plus grande

En 2020, la Loi 31 est venue renforcer davantage les pouvoirs des pharmaciens. Avec cette nouvelle législation, les pharmaciens peuvent désormais :

1. Prescrire des médicaments pour certaines conditions chroniques : Cela inclut des maladies comme le diabète, l’hypertension ou encore l’hypercholestérolémie. Cette mesure permet d’assurer une gestion plus fluide de ces conditions, particulièrement pour les patients qui ont déjà un traitement bien établi.

2. Administrer certains médicaments : Les pharmaciens peuvent désormais administrer des médicaments sous forme d’injections, comme les vaccins ou les traitements contre l’ostéoporose. Il est important de noter que, lorsque l’injection n’est pas un vaccin, le pharmacien peut uniquement injecter la première dose pour montrer la technique d’injection au patient. Cela facilite l’accès à ces soins, notamment en milieu rural où les services médicaux peuvent être plus rares.

3. Évaluer l’état de santé : Les pharmaciens peuvent maintenant évaluer l’état de santé d’un patient pour certaines conditions et décider si un traitement peut être prescrit ou si une consultation médicale est nécessaire.

Nouveaux pouvoirs en vertu de la loi 31

1. Suivi de maladies chroniques et ajustements de traitement

Diabète : Le pharmacien peut ajuster la médication antidiabétique en fonction des paramètres de suivi (glycémie, HbA1c) pour optimiser le contrôle de la maladie, sous suivi médical.

Hypertension artérielle : Le pharmacien peut ajuster la posologie d’un médicament pour les patients hypertendus dans le cadre d’un suivi, en lien avec les mesures de pression artérielle.

Dyslipidémie (cholestérol élevé) : Ajustement de la médication hypolipémiante, notamment si le patient présente des résultats d’analyse de laboratoire qui nécessitent un changement.

Asthme et maladies pulmonaires obstructives chroniques (MPOC) : Ajustement de la médication en fonction des symptômes et de la spirométrie (lorsqu’accessible) pour optimiser le contrôle respiratoire.

Troubles thyroïdiens : Ajustement des doses de médicaments pour les troubles thyroïdiens, tel que le Synthroid pour l’hypothyroïdie, selon les résultats de laboratoire.

2. Tests de dépistage et interprétation

Dépistage de la glycémie : Le pharmacien peut effectuer des tests de glycémie pour les patients à risque de diabète (sans pour autant poser un diagnostique) ou pour le suivi de ceux ayant déjà un diagnostic.

Dépistage de la COVID-19 et autres infections : Selon les recommandations de santé publique, les pharmaciens peuvent effectuer et interpréter certains tests de dépistage pour contribuer au diagnostic rapide des infections. Cela était plus commun durant la période du passeport vaccinal, peu de pharmacies offrent encore le service.

Pourquoi ces changements sont importants ?

Ces élargissements de droits permettent aux pharmaciens de prendre des décisions plus autonomes dans le cadre de leur expertise, ce qui désengorge le système de santé en réduisant la pression sur les médecins, l’urgence et les cliniques. Cela favorise aussi un accès plus rapide aux soins pour les patients, notamment pour les cas où l’attente pour voir un médecin pourrait entraîner une détérioration de l’état de santé.

En effet, le temps d’attente à la pharmacie est minime lorsque comparé à celui dans les cliniques sans rendez-vous, ou encore pire à l’urgence.

Une relation de confiance avec le pharmacien

En plus de ces nouvelles responsabilités, ce qui est crucial à retenir, c’est que les pharmaciens sont des partenaires de confiance dans la gestion de votre santé. Ils sont rapidement disponibles, souvent sans rendez-vous, pour discuter de vos préoccupations, vous orienter vers le bon professionnel ou encore ajuster un traitement si nécessaire.

Ils sont là pour vous aider. Ils représentent la première ligne de soin, les professionnels de la santé les plus accessibles. Ils sont à mi-chemin entre les soins préventifs et les soins curatifs, jouant un rôle d’agent de liaison entre vous et l’ensemble du système de santé.

Un avenir prometteur pour la pharmacie

Les pharmaciens au Québec ont parcouru un long chemin en termes de responsabilités et d’implication dans les soins aux patients. Les lois 41 et 31 leur ont permis de mieux servir la population en élargissant leur champ d’action et en leur confiant des tâches qui, autrefois, étaient réservées aux médecins. 

Pour les patients, cela signifie un meilleur accès aux soins et une prise en charge plus rapide, particulièrement pour des conditions de santé courantes. La pharmacie moderne est donc bien plus que ce que l’on pense : c’est un pilier de notre système de santé, un lieu de conseils et de proximité, où les patients peuvent compter sur des professionnels compétents et attentifs à leurs besoins.

J’espère qu’après avoir lu cet article vous serez plus compréhensible par rapport au rôle essentiel des pharmaciens dans le système de santé québécois. La prochaine fois que vous irez chercher vos médicaments, n’hésitez pas à poser vos questions et à profiter de l’expertise de votre pharmacien!

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